Une certaine idée de la liberté hostile à la fraternité

Publié le par Océ

 Le symbole d'un clivage.
 Le symbole d'un clivage.

Le symbole d'un clivage.

Depuis des mois, les micros et caméras, les tribunes et reportages n'en finissent pas de relayer un mantra, "liberté", qui tient lieu d'alpha et d'oméga à une partie de la population, on devrait préférer le terme"compatriotes" même si ce groupe habite davantage sur la planète complotiste que sur notre territoire.  Une certitude : la liberté d'expression résiste encore.                          

  Cela semblera immodeste de se citer mais si on relit le billet du "Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom !", on peut constater  qu'il n'y a rien de changé un an plus tard. https://graindesel-com.over-blog.com/2020/08/o-liberte-que-de-crimes-on-commet-en-ton-nom.html

   Depuis ce billet, on a connu des confinements qui ont brimé la liberté de sortir, de pratiquer diverses activités, l'arrivée de divers vaccins  qui ont permis, étape après étape, de protéger diverses parties de la population, un déconfinement progressif qui a facilité la reprise économique, des projets de vacances, le retour à la normalité avec une baisse nette des contaminations et hospitalisations,  mais aussi de la cadence des vaccinations, certains centres ayant été conduits à fermer.

    Arrivée du variant  Delta et chiffres inquiétants :  l'incitation à se faire vacciner se fait plus insistante puisque partout dans le monde, c'est le vaccin qui paraît le meilleur moyen d'éviter le virus surtout dans ses formes graves. Consignes à respecter : la distanciation, le lavage des mains et encore le masque quand on est dans  des groupes.

   Vaccin gratuit, doses suffisantes. Tant de pays nous envient alors qu'ils sont débordés par les cas et les décès. Tout irait pour le mieux si le civisme et l'auto-discipline étaient mieux partagés.  Mais la cadence des vaccinations, certains centres ayant été conduits à fermer, a conduit le gouvernement à prendre des mesures plus incitatives et maintenu  les libertés courantes pour tous les vaccinés.

    On entend donc clamer le mantra favori "liberté" pour accompagner le refus du vaccin et le mécontentement des restrictions que cela implique parfois. Ne parlons pas  des termes faux qui sont une injure à l' Histoire (de l'étoile jaune à l'apartheid incarné par Nelson Mandela).  Mais pourquoi l'intérêt général devrait-il pâtir du sectarisme de quelques-uns ?

Le cauchemar des anti vax.

Le cauchemar des anti vax.

   Philosophe du XVIIIème et sociologue avant l'heure, Montesquieu avait raconté l'histoire des Troglodytes ( lettres XII à XIV dans les Lettres persanes) qui, comme bien des fables, incite à réfléchir sur les comportements humains permanents.

      Pour mémoire, tout commence par une question évoquée par Mirza  (lettre XI) : "Hier on mit en question si les hommes étaient heureux par les plaisirs et les satisfactions des sens, ou par la pratique de la vertu."

      Usbek répond donc à son ami en choisissant le recours à la fable : "...Je n’ai pas cru devoir employer des raisonnements fort abstraits. Il y a certaines vérités qu’il ne suffit pas de persuader, mais qu’il faut encore faire sentir : telles sont les vérités de morale".                                                          

      Commence alors une narration qui trace la vie des méchants Troglodytes, lesquels  illustrent cruellement  les effets néfastes du moi d'abord et du chacun pour soi. (lettre XII). Après avoir massacré  le roi et toute sa famille, ils font de même avec tous les magistrats. C'est l'anarchie.

  • Le choix de l'intérêt personnel

     "Ce peuple, libre de ce nouveau joug, ne consulta plus que son naturel sauvage. Tous les particuliers convinrent qu’ils n’obéiraient plus à personne ; que chacun veillerait uniquement à ses intérêts, sans consulter ceux des autres. "

       On passera sur la sécheresse, les inondations qui conduisent les uns puis les autres à la famine pour terminer  sur la maladie :  "Cependant une maladie cruelle ravageait la contrée. Un médecin habile y arriva du pays voisin, et donna ses remèdes si à propos, qu’il guérit tous ceux qui se mirent dans ses mains. Quand la maladie eut cessé, il alla chez tous ceux qu’il avait traités demander son salaire ; mais il ne trouva que des refus..." La reprise de l'épidémie  entraîne le refus de médecin de venir les soigner : " Allez, leur dit-il, hommes injustes, vous avez dans l’âme un poison plus mortel que celui dont vous voulez guérir..."  

  • Le choix de l'intérêt commun

           Les rares survivants vont se regrouper en communauté soudée, guidée par la vertu  (au sens fort de "disposition habituelle, comportement permanent, force avec laquelle l'individu se porte volontairement vers le bien, vers son devoir, se conforme à un idéal moral, religieux, en dépit des obstacles qu'il rencontre"-CNRTL).

   "Ils aimaient leurs femmes, et ils en étaient tendrement chéris. Toute leur attention était d'élever leurs enfants à la vertu. Ils leur représentaient sans cesse les malheurs de leurs compatriotes, et leur mettaient devant les yeux cet exemple si touchant ; ils leur faisaient surtout sentir que l'intérêt des particuliers se trouve toujours dans l'intérêt commun ; que vouloir s'en séparer, c'est vouloir se perdre ; que la vertu n'est point une chose qui doive nous coûter ; qu'il ne faut point la regarder comme un exercice pénible ; et que la justice pour autrui est une charité pour nous. "

Publié dans Littérature

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