"O femme ! femme ! femme ! ..."
La citation mise en titre est extraite d'une célèbre pièce du XVIIIème siècle, Le Mariage de Figaro. Persuadé que Suzanne, sa future femme, lui est peut-être infidèle, Figaro cherche à la surprendre en compagnie du comte Almaviva. Ces circonstances sont à l'origine d'un très célèbre monologue dans lequel Figaro dénonce l'injustice sociale et les privilèges de la noblesse face au mérite individuel, la condition des femmes et trace les lignes cahotiques de sa destinée (V,3). Beaumarchais signe là une oeuvre considérée comme préparant 1789 et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Le temps a passé, les lois ont évolué, le féminisme a imposé des modifications au quotidien. Pourtant, la mode du twitt suscite des clapotis assez déplaisants qui mettent en cause des paroles de femmes sur des femmes.
- "Yes, la meuf is dead" : le décès de Mme Veil vu par la directrice de la communisation de l'Elysée.
Celle-ci dément être l'auteur de la formule lapidaire que des journalistes lui attribuent clairement et avoir ainsi notifié le décès de Mme S. Veil, ancienne ministre indissociable de la promulgation de la loi permettant l'IVG et également membre de l'Académie française.
Que l'on mélange le français et l'anglais pour dire simplement "Oui, le décès est confirmé" ou "Mme Veil nous a quittés" ou "Mort de Mme Veil"... est déjà surprenant quoique dans l'air du temps, ce qui n'est pas une excuse. Qu'une femme utilise le mot "meuf" pour parler d'une autre femme, respectable par son âge, ses fonctions, son histoire est vraiment une autre "surprise". L'époque voit la mode du parler vrai confondu avec le dire n'importe quoi sur le mode du je parle d'abord, je réfléchis ensuite. Et pourquoi pas pouffe ou autre ? Tout se vaut. On apprend pourtant dès le collège à différencier les niveaux de langue.
Rien à voir... quoique : la presse nous a tenus en haleine avec la maman panda qui a "accouché". Un des jumeaux n'est pas dead, lui, il est "décédé" (sic).
- La mort de Nicole Bricq et le blog de sa remplaçante, Mme Lipietz.
La sénatrice N. Bricq est décédée des suites d'une chute dans son escalier, le dimanche 6 août et, le même jour, celle qui est appelée à la remplacer au sénat, a écrit des commentaires sur son blog.
http://helene.lipietz.net/spip.php?article587 A cette adresse, on trouve le blog d'Hélène Lipietz et on peut y lire les interventions et les réponses à son post du jour titré "Nicole est morte/ me revoilà peut-être sénatrice". L'intro donne dans le subtil : "... morte aujourd’hui 6 août 2017, d’une chute d’une marche, alors que sénatrice d’En marche..." . Quant à la conclusion, on appréciera : " laissant de côté ma nouvelle profession, que je n’ai même pas eu le temps de vous présenter : cuistote-bouquiniste :-) ".
Quelques rares lecteurs du Figaro saluent le manque d'hypocrisie de la toute nouvelle sénatrice qui ne s'est pas sentie obligée de louer la défunte. Soit. Elle pouvait aussi choisir la dignité du silence au moins le jour du décès si inattendu.
Rendons justice à la dame : elle a quelques mots pour le mari de la sénatrice au milieu d'une avalanche de "je".
Pour terminer sur une note plus légère, on pourra écouter un vieux tube de Jacques Dutronc qui illustre à merveille la phrase attribuée à Labiche (ou Régnier ?) : "l'égoïste c'est quelqu'un qui ne pense pas à moi."
http://musique.ados.fr/Jacques-Dutronc/Et-Moi-Et-Moi-Et-Moi-t4317.html
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